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THE NEW YORK PUBLIC LIBRARY

591614

UIOR, LENOX AND
IL DEN DUNDATION

1912

Un des hommes de France qui a le plus d'esprit, qui a rempli avec succès de grandes places, et qui a écrit sur divers objets avec autant d'intérêt que d'élégance, a dit, dans des Considérations sur l'état de la France : « M. « l'abbé Delille jouiroit de la plus haute répu« tation s'il eût composé de lui - même au « lieu de traduire, et s'il eût traité des sujets

plus intéressans. »

Il faut recevoir les éloges avec modestie , et réfuter avec calme les critiques injustes. Peut-être ma réponse à M. de M., en me disculpant des reproches qu'il me fait, pourrat-elle établir quelques principes de goût, ou trop oubliés ou trop peu connus, et détruire un préjugé véritablement funeste à notre litté

rature.

D'abord, pourquoi M. de M. regarde-t-il l'art d'embellir les paysages comme un sujet peu intéressant? Il est bon de remonter un peu

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plus haut pour apprendre au public, et peutêtre à M. de M. lui - même, la source de cette erreur; et cette discussion peut avoir son utilité.

Il n'est que trop vrai que quelques genres privilégiés, la tragédie et la comédie, les romans , et les poësies nommées fugitives , ont long-temps exercé presque exclusivement tous nos poëtes ; les gens du monde , de leur côté, ne se sont guère occupés d'aucun autre genre de poësie. Aussi , tandis que nos voisins se glorifioient d'une foule de poëmes étrangers au théâtre et à la poësie légère, notre indigence en ce genre étoit extrême, et quelques épîtres de Voltaire sur des sujets de morale ne nous avoient pas suffisamment vengés.

Cette réflexion, déjà si importante sous le rapport littéraire, l'est encore davantage sous ses rapports moraux et politiques : ce goût prédominant pour les poësies légères et fugitives ne peut que nourrir, dans un peuple accusé trop justement peut-être de frivolité, cette légèreté qui s'est conservée au milieu des

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plus terribles circonstances. C'est pour elle qu'il n'y a point eu de révolution. On nous a vus plaisanter sur des crimes atroces, dont nous n'aurions dû que frémir ; on a mis du ridicule à la place du courage ; et ce peuple malheureux , et si obstinément gai, auroit pu dire aussi :

J'ai ri, me voilà désarmé ! »

PIRON,

Métromanie.

A l'égard des romans et des ouvrages de théâtre, l'amour exclusif de ce genre de littérature est peut-être plus dangereux encore. Ils accoutument l'ame à ces sensations violentes, si opposées à cette heureuse habitude des sentimens doux et modérés, d'où résultent ces émotions paisibles, également nécessaires au bonheur et à la vertu ; et si , à travers cette habitude et ce besoin des impressions fortes, et des mouvemens désordonnés, que cherchent à exciter les 'représentations théâtrales et les narrations romanesques, arrivoit une révolution inattendue, toute modération en seroit probablement bannie. On verroit souvent les

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